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500_F_61202978_uWIB6uS1JnHZ6LJq34L7UByoKQ9ojUpUAlors que la mode du Yoga bat son plein, aux Etats-unis et au Canada de plus en plus de studios de Yoga ferment et disparaissent.  Comment expliquer ce paradoxe ?

Cela arrive doucement et le mal est là bien avant que les étudiants arrêtent de venir en classe. En fait, les studios de yoga meurent pour la même raison que l’amour s’éteint : manque de respect,  négligence et absence d’effort. Pour le dire plus simplement, les studios meurent quand l’enseignant prend ses étudiants pour acquis.

Cela commence avec des cours qui deviennent ennuyeux. L’enseignant tombe dans la routine et commence à se répéter avec les mêmes séquences, les mêmes poses,  les mêmes blagues et les mêmes listes musicales.

Cela commence aussi quand les enseignants s’ennuient dans leur pratique personnelle ou simplement n’ont plus de pratique personnelle.
Cela commence quand la vente d’articles et le merchandising deviennent plus importants que les cours, quand la dernière paire de « yoga-pant » suscite plus d’intérêt que la pratique et quand ceux qui ne sont pas « tendances » et  « branchés » sont exclus du groupe.

Cela commence aussi quand les propriétaires de studios et les enseignants se créent un petit sanctuaire fermé avec leurs amis. Quand les nouveaux étudiants sont ignorés à leur arrivée et doivent se débattre pour qu’on prête attention à eux.

Cela commence quand les étudiants viennent en classe mais pas le professeur.

Cela commence aussi quand le studio se consacre à un enseignant seulement  (le propriétaire le plus souvent) et pas à une équipe de professeurs.

Cela commence quand un studio ne respectent pas les personnes qui lui ont apporté du soutien depuis sa création.

C’est pour toutes ces raisons que les étudiants ne viennent plus. Les plus loyaux vont sans doute rester un peu plus longtemps mais même eux arriveront au point de rupture et partiront.

Malheureusement un grand nombre de studios recourt à des petites astuces cosmétiques ou publicitaires au lieu de s’attaquer aux raisons de fond alors que le problème est réel et global.

Les réponses sont presque toujours les mêmes et dans le même ordre. Cette façon de faire ne sauvera pas le studio mais au contraire accélérera sa chute et augmentera mal fait à toute la communauté-yoga locale.

La première étape sera  de proposer une offre particulièrement économique pour les nouveaux inscrits (groupon ou similaire…). Cette approche a l’avantage de blâmer les limites du marché local  au lieu d’insister sur les négligences des propriétaires du studio.

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Evidemment les étudiants anciens et loyaux qui ont payé le prix complet depuis si longtemps vont se sentir un peu arnaqués quand la personne sur le tapis d’à côté n’aura payé que deux euro pour être là. Du coup, ils vont eux aussi partir pour profiter d’une offre similaire dans un autre studio. Cet effet domino va commencer à affecter tous les studios de la région et les étudiants vont errer de cours en cours à la recherche d’une meilleure offre donnant le sentiment à tous que finalement le yoga ne devrait rien coûter ou pas grand-chose.

Les étudiants se faisant de plus en plus rares et n’achetant plus de forfaits sur le long terme, le studio en chute libre va éprouver de grandes difficultés pour payer ses enseignants et ses factures.

Mais heureusement les formations d’étudiants vont tout changer…ou pas !

Bien sûr, toutes les formations ne sont pas similaires. Il y a des studios et des enseignants qui font de leur mieux  et mettent  la barre haute pour créer la prochaine génération de professionnels bien entraînés. Ils savent que cela prend du temps et qu’il faut souvent 3h de préparation pour chaque heure de formation. Leurs  programmes n’acceptent que des pratiquants déjà expérimentés et leurs critères de sélection sont particulièrement exigeants.

Malheureusement il y a aussi un grand nombre de studios et d’enseignants qui ne le font que pour l’argent. Il faut reconnaître que, dans le milieu du Yoga, c’est le meilleur moyen (voire le seul) de gagner une somme conséquente dans un court laps de temps.

Ce genre de formation ne demande pas un certain niveau de pratique, l’essentiel étant que l’aspirant possède assez d’argent pour payer les frais d’inscription et vogue la galère…

Ces studios déjà mourants vont commencer à produire des « professeurs de yoga » de manière quasi industrielle, les lâchant dans la nature après seulement quelques mois (au mieux) de pratique personnelle et d’expérience et bien sûr cela se ressent !

Une fois formés, il y a alors deux choix : ou le studio décide de les garder pour enseigner au sein de leur organisation, auquel cas le niveau ne fera que descendre…Ou alors le studio ne peut pas les garder et  les bébés yogis vont commencer à essaimer de leur côté et essayer de se faire une place au milieu d’un offre déjà pléthorique en créant leur propre studio, réduisant d’autant le marché pour tous les autres.

C’est le serpent qui se mord la queue, et le studio déjà bien mal en point crée ses propres compétiteurs dans une vaine tentative de se sauver…

Malgré ces efforts désespérés, les revenus émanant de ces formations de professeurs ne peuvent pas que rarement empêcher l’inévitable. Une fois que tous les étudiants ont été transformés en professeurs, le studio arrive à son dernier souffle et finit par succomber avant d’être rénové et recyclé en marchand de yaourts glacés.

L’impact de ce phénomène est ressenti à travers la communauté de Yoga toute entière. Les étudiants commencent à penser que la norme est aux professeurs à la formation faiblarde et qu’assister aux cours ne devrait rien coûter ou presque.

Ils commencent alors à considérer le Yoga comme une discipline réservée à une clique constituée de jeunes et jolies jeunes femmes en pantalon moulant qui font le show dans des postures impossibles tout en se moquant des moins acrobates. Une sorte de rencontre improbable entre Paris Hilton et le Cirque du Soleil en quelque sorte…

Et les personnes qui auraient le plus besoin du Yoga, ne pouvant se retrouver dans cette ambiance, finissent alors par chercher autre chose.

C’est ce qui se passe quand les studios de Yoga se nourrissent de leurs propres graines au lieu de les planter.

Mais il n’est pas nécessaire de prendre ce chemin et les choses pourraient être différentes.

La solution est simple :Yoga community1

  • Respecter les étudiants. Leur donner des cours de qualité ; et s’ils ne trouvent pas satisfaction dans votre cours, leur suggérer un autre professeur susceptible de leur proposer ce qui correspondrait davantage à leur recherche. Favoriser les étudiants fidèles et ne pas chercher à obtenir de nouveaux étudiants au détriment des habitués du studio depuis des années.
  • Soutenir les autres professeurs Il y a bien assez d’étudiants dans les alentours alors soutenez les autres studios, participez aux cours des autres professeurs, et faites connaissance avec les membres de la communauté de Yoga. Quant aux propriétaires de studio, prenez soin de vos professeurs et n’autorisez pas les étudiants toxiques à les harceler.
  • Abandonner l’élitisme. L’exclusivisme est le berceau des comportements toxiques et ces derniers sont par nature des essaims à problèmes qui contaminent toute la communauté. Vous pouvez avoir vos amis, mais soyez ouverts et accueillants aux nouveaux. Ce dont la communauté de Yoga a besoin c’est de responsabilités. Ça signifie endosser la responsabilité de ses propres erreurs et prendre conscience de celles-ci plutôt que focaliser sur celles des autres. Critiquer et conspuer les autres professeurs, mettre des bâtons dans les roues des autres studios, n’est pas « yoguique ». C’est mesquin et puérile, et cela ne résout aucun des problèmes rencontrés par un studio ou une communauté de Yoga.

Nous avons besoin de protéger la pratique et de maintenir un haut niveau de qualité.Nous avons besoin de collaborer et non pas d’être en concurrence. Nous avons besoin de démocratiser la pratique en incarnant dans nos vies les qualités d’un authentique pratiquant de Yoga : compassion, objectivité, équanimité et responsabilité. Si nous vivons le yoga de cette manière cela ne pourra qu’attirer de nouveaux pratiquants, et aucun studio ne succombera plus pour rien.